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Monoprix : les prix montent, les actionnaires s'écharpent, le lundi 23 avril 2012

Chez Monoprix, quand les actionnaires s’écharpent, les clients payent. L’enseigne de distribution fait l’objet, depuis le début de l’année, de vives tensions entre les Galeries Lafayette et le groupe Casino, propriétaires chacun de 50 % du capital. Le premier souhaite vendre sa participation au second, qui l’estime surévaluée.

Dans ce contexte, les prix dans les rayons de Monoprix ont progressé de 2,3 % en trois mois. Une inflation qui ne devrait rien à la conjoncture, selon Casino, qui accuse son coactionnaire de chercher à gonfler ainsi artificiellement le chiffre d’affaires de Monoprix pour mieux valoriser sa part.

Casino vient d’envoyer une mise en garde, sous la forme d’une lettre recommandée, datée du 17 avril, à Philippe Houzé, le président des Galeries Lafayette, qui préside aussi Monoprix. Celle-ci met en cause sa gestion de l’enseigne, en particulier son positionnement en termes de prix. Ce document constate une valse des étiquettes décalée avec le contexte concurrentiel. 

Dans la grande distribution, les enseignes se comparent les unes aux autres sur le plan des prix à partir d’un indice, la base 100, représentant la moyenne du secteur. Si une enseigne est en dessous elle est moins chère que cette moyenne, si elle est au-dessus, elle est plus chère.

Pour Monoprix, cet indice calculé à partir de 8000 produits alimentaires de grandes marques, représentant 45% du chiffre d’affaires de l’enseigne, est passé de 107,7 au premier trimestre 2011 à 110 en 2012.

Pour Casino, il s’agit d’une progression considérable, en rupture avec la politique tarifaire menée depuis trois ans par Monoprix, qui n’est pas cautionnée par les équipes de l’enseigne. Car cette stratégie produit un double effet. A court terme, cela gonfle le chiffre d’affaires et le résultat opérationnel courant. Casino, dans son courrier, affirme que ce coup de pouce sur les prix a représenté «l’essentiel de la croissance du résultat opérationnel courant» du premier trimestre. Celui-ci a progressé de plus de 20%, dans une conjoncture plus que morose.

À long terme, une politique de prix trop élevés peut finir par dissuader une partie de la clientèle de fréquenter l’enseigne. Casino fait remarquer que Monoprix avait connu une situation similaire fin 2008. L’augmentation de 1point de l’indice tarifaire avait provoqué, au bout de six mois, une perte de chiffre d’affaires de 2% et une chute du résultat d’exploitation de 18,5%.

«Nous savons qu’il ne s’agit que de manœuvres de votre part en vue de fausser la juste évaluation, s’il y a lieu, de votre participation», écrit Casino à M.Houzé, lui demandant «de prendre les dispositions nécessaires et de donner les instructions pour cesser de telles pratiques». Casino menace de «mettre en œuvre (…) toute action utile pour préserver les intérêts de Monoprix et ses droits d’actionnaire».

M. Houzé parle de «charge sans fondement»et pointe le fait qu’il aurait fallu plusieurs mois à Jean-Charles Naouri, le PDG de Casino, avant qu’il ne réagisse à cette dérive des prix. « Ça n’est pas sérieux», commente un porte-parole, qui affirme que Monoprix n’a fait que s’aligner sur les prix pratiqués chez Casino et Franprix.

Ce n’est pas la première fois que Casino est confronté à une telle situation. Lors de la prise de contrôle de Franprix et de Leader Price, M. Naouri avait aussi accusé l’actionnaire minoritaire des deux enseignes, la famille Baud, de jouer avec l’inflation pour doper la valorisation et obtenir un meilleur prix de sa participation.

Dans le cas de Monoprix, les Galeries Lafayette ont, dans un premier temps, proposé de vendre leurs 50%, 1,9 milliard d’euros ramenés très vite à 1,35 milliard. Casino propose 700millions. M.Houzé explique que son estimation est basée sur les projections d’activité de l’enseigne 2012-2014. Chiffres qui n’ont jamais été validés par Casino.

 

N’obtenant pas satisfaction, le président des Galeries Lafayette a refusé, le 22 février, lors d’un conseil d’administration, de céder son siège, comme les accords entre les deux actionnaires le prévoyaient, conservant le contrôle opérationnel de l’entreprise.

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